L’événement fait date : des musiciens juifs américains jouent en Allemagne et tentent, pour la première fois, de retracer la genèse des musiques de la scène underground newyorkaise à travers des sources juives. Dans le sillage de ce moment fondateur, des tournées sont organisées en Europe, tandis que des clubs de Manhattan, telle la Knitting Factory, accueillent des festivals de Radical Jewish Music associant performances, lectures et débats, et soulevant des questions essentielles à leurs yeux : qu’est-ce que la musique juive d’aujourd’hui ? que dit la musique que l’on joue de nos origines et de notre expérience de vie ?
Dès les années 1970 et 1980, des musiciens juifs new-yorkais, très présents sur les scènes alternatives du rock, du punk, de l’avant-garde jazz et de la musique contemporaine, (re)découvrent le répertoire des musiques juives populaires, notamment celui des musiques juives d’Europe orientale, le klezmer. Ces acteurs clés de l’avant-garde musicale et de la world music y puisent – non sans un certain degré de contestation – un nouvel engagement artistique qui souligne la force du lien qui les rattache à leur culture juive, vécue comme source d’inspiration et de questionnements constants.
New York est leur foyer de création, en particulier le sud de Manhattan. Les quartiers longtemps populaires de l’East Village et du Lower East Side ont accueilli, au début du XXe siècle, les populations juives immigrées d’Europe de l’Est. Dans les années 1950, ils deviennent le refuge des avant-gardes esthétiques, depuis la Beat Generation ( Jack Kerouac, Allen Ginsberg ,William Burroughs) jusqu’à John Cage et Andy Warhol. Espace de contestation intellectuelle, esthétique et politique, ce New York radical a longtemps gardé les traces de la culture yiddish, qui y a connu une véritable renaissance. Cette atmosphère culturelle très spécifique imprègne encore fortement les lieux, lorsque les musiciens de ce qui deviendra la Radical Jewish Culture s’affirment artistiquement, au cours des années 1980.
Dans le prolongement de cet héritage, John Zorn crée en 1995 la collection « Radical Jewish Culture » (plus de 120 titres parus à l’heure actuelle) sous le label Tzadik, devenu depuis une référence incontournable des musiques alternatives. Les albums édités dans cette collection s’inscrivent comme autant de réponses aux questions qui s’imposent aux musiciens confrontés à la tradition protéiforme dont ils sont issus.
Le parcours de l’exposition est thématique ; à travers une approche essentiellement sonore et visuelle, il revient sur les temps forts de la création musicale, depuis la scène du Klezmer Revival jusqu’aux explosions sonores du groupe phare de John Zorn, Masada, en passant par le festival de Munich de 1992.
À partir de l’écoute se déploie le contexte historique, musical et artistique dans lequel la musique a été créée. Il met en lumière le réseau d’influences des musiciens, parmi lesquelles : la Beat Generation, présentée notamment à travers la démarche de deux icônes de ce mouvement, le plasticien Wallace Berman et le poète Allen Ginsberg ; les artistes juifs révolutionnaires du début du XXe siècle, comme El Lissitzky ; ou encore la scène du rock alternatif des années 1970. Grâce à l’implication des acteurs clés de cette scène, de nombreux documents d’archives (interviews, prises de concerts et textes largement inédits) ont pu être rassemblés.
Comme le dit John Zorn, la Radical Jewish Culture est tout à la fois une mouvance musicale, un mouvement aux résonances politiques diverses affirmées et assumées, une communauté de musiciens et, plus largement, une communauté esthétique.
Commissariat de l’exposition : Mathias Dreyfuss, Gabriel Siancas et Raphaël Sigal
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