Beaucoup de vrais nouveautés en effet
pour ce prix 2008 décernés le 21 janvier
D’abord le lieu : le théâtre du
Vieux-Colombiers-Comédie Française où se pressaient plus de 300
personnes, sous les ombres tutélaires de Jacques Copeau et de Louis
Jouvet.
Ensuite, l’animation de cette soirée, avec pour maître de cérémonie le
comédien Arié Elmaleh qui a su tout au long de la soirée apporter la
touche d’humour sans laquelle rien de vraiment sérieux ne se fait.
Musiciens et comédiens ont, de leur côté, ponctué les discours de
présentation et de remerciements, loi du genre, avec bonheurs et bonne
humeur, faisant alterner airs klezmer, chants ladinos et lecture de
textes choisis par les lauréats.
Enfin, il y a le concept de ce prix, presque trentenaire, totalement
repensé, avec l’aide de Gérard Rabinovitch, à la demande de Nelly
Hansson, directrice générale de la FJF.
C’est ce renouvellement qu’a tenu à souligner d’entrée de jeu David de
Rothschild, président de la Fondation, en indiquant que, désormais, ce
prix, redevenu annuel, couronnerait trois personnalités ayant fait des
contributions majeures aux arts, aux lettres et aux sciences. Surtout,
il a tenu à exprimer sa reconnaissance à ceux qui avait rendu possible
une telle renaissance: « l’association de Francine et Antoine Bernheim à
notre Fondation est une source de joie ».
Il revenait ensuite à Elisabeth de Fontenay, présidente des trois jurys,
« symbolisant, comme elle le dit elle-même, la continuité entre
l’ancien et le nouveau », à indiquer « l’esprit » de cette distinction.
« Haskalah, esprit des Lumières, passion pour le fait juif… », furent
les expressions qu’elle utilisa, en particulier en évoquant la mémoire
des lauréats disparus. Juifs ou non… Et puis, sous le regard grave et
affectueux de David de Rothschild, la philosophe rappela les « artistes
du camp de Teresin » qui surent « créer contre l’horreur ». Leçon pour
les artistes et intellectuels d’aujourd’hui.
Une leçon illustrée, à sa manière, par l’œuvre de Robert Bober, lauréat
du prix au titre des arts, en l’occurrence l’art de l’image,
spécialement le documentaire, comme l’a souligné son parrain pour cette
soirée, le journaliste du Monde Samuel Blumenfeld. « J’ai grandi au
milieu de trois langues : l’allemand, le yiddish et le français », a dit
R. Bober, avant d’évoquer son travail d’assistant de François Truffaut,
sur le film Les 400 coups, sa longue amitié-collaboration avec Pierre
Dumayet, sa belle œuvre co-créée avec Georges Perec sur Ellis Island. Au
cœur de ses productions, littéraires et cinématographiques, il y a la «
relation » avec les autres, et le désir « d’apprendre pour pouvoir
comprendre ».
Aragon et Qohelet
Lauréat dans la section lettre, Henri Raczymow était présenté par Alexis
Nouss, professeur d’anthropologie culturelle à l’Université de Cardiff.
Une présentation chaleureuse et sensible avec entre autres, cette
phrase « l’impossibilité est la condition de l’écrivain », et une
rencontre avec Fernando Pessoa, frère improbable de Raczymow, mais
nourris tous deux au même lait de « l’intranquilité ». Et ce dernier, de
reconnaître dans son remerciement : « être un grand écrivain juif,
c’est compliqué… ». Preuve : les deux textes qu’il fit lire : l’un de
Kafka, l’autre de Proust.
Enfin, il revenait à Gérard Rabinovitch, d’introduire le Prix au titre
des sciences : le chercheur, spécialiste de renommée mondiale de
l’histoire et de l’archéologie du Proche-Orient, discipline dont il
détient la chaire à la fameuse 4ème section de l’Ecole Pratique des
Hautes Etudes, André Lemaire. Parmi les multiples activités du lauréat,
celle-ci qui retint l’attention du public : des cours aux professeurs de
collège et lycée sur le fait hébreu et l’histoire juive antique.
Remerciant le jury, avec la simplicité du vrai savant, le lauréat a tenu
à rappeler que « les historiens ne racontent pas d’histoires… », mais
recueillent des faits à partir d’indices parfois ténues, comme cette
inscription sur une stèle babylonienne portant, à peine lisible, « Beit
Israël » que André Lemaire fut le premier à « lire ». Quant à ses choix de
texte, ce fut d’abord le poème d’Aragon mis en musique par Jean Ferrat
: « Je ne chante pas pour passer le temps », et puis, un extrait de
Qohelet – l’Ecclésiaste –, s’achevant par « un temps pour la guerre, un
temps pour la paix ».
En conclusion, Nelly Hansson a tenu à remercier tous les « acteurs et
artisans» de cette belle soirée inaugurale, scénographiée par Hervé
Roten, directeur-adjoint de la Fondation, avant qu’elle ne donne
rendez-vous à l’année prochaine, « avec d’autres surprises »…