Fondation Renée et Léonce Bernheim

Prix  des Arts, des Lettres et des Sciences 2008

Lauréats : Robert Bober, Henri Raczymow et André Lemaire
Beaucoup de vrais nouveautés en effet pour ce prix 2008 décernés le 21 janvier

D’abord le lieu : le théâtre du Vieux-Colombiers-Comédie Française où se pressaient plus de 300 personnes, sous les ombres tutélaires de Jacques Copeau et de Louis Jouvet.

Ensuite, l’animation de cette soirée, avec pour maître de cérémonie le comédien Arié Elmaleh qui a su tout au long de la soirée apporter la touche d’humour sans laquelle rien de vraiment sérieux ne se fait. Musiciens et comédiens ont, de leur côté, ponctué les discours de présentation et de remerciements, loi du genre, avec bonheurs et bonne humeur, faisant alterner airs klezmer, chants ladinos et lecture de textes choisis par les lauréats.

Enfin, il y a le concept de ce prix, presque trentenaire, totalement repensé, avec l’aide de Gérard Rabinovitch, à la demande de Nelly Hansson, directrice générale de la FJF.

C’est ce renouvellement qu’a tenu à souligner d’entrée de jeu David de Rothschild, président de la Fondation, en indiquant que, désormais, ce prix, redevenu annuel, couronnerait trois personnalités ayant fait des contributions majeures aux arts, aux lettres et aux sciences. Surtout, il a tenu à exprimer sa reconnaissance à ceux qui avait rendu possible une telle renaissance: « l’association de Francine et Antoine Bernheim à notre Fondation est une source de joie ».

Il revenait ensuite à Elisabeth de Fontenay, présidente des trois jurys, « symbolisant, comme elle le dit elle-même, la continuité entre l’ancien et le nouveau »,  à indiquer « l’esprit » de cette distinction. « Haskalah, esprit des Lumières, passion pour le fait juif… », furent les expressions qu’elle utilisa, en particulier en évoquant la mémoire des lauréats disparus. Juifs ou non… Et puis, sous le regard grave et affectueux de David de Rothschild, la philosophe rappela les « artistes du camp de Teresin » qui surent « créer contre l’horreur ». Leçon pour les artistes et intellectuels d’aujourd’hui.

Une leçon illustrée, à sa manière, par l’œuvre de Robert Bober, lauréat du prix au titre des arts, en l’occurrence l’art de l’image, spécialement le documentaire, comme l’a souligné son parrain pour cette soirée, le journaliste du Monde Samuel Blumenfeld. « J’ai grandi au milieu de trois langues : l’allemand, le yiddish et le français », a dit R. Bober, avant d’évoquer son travail d’assistant de François Truffaut, sur le film Les 400 coups, sa longue amitié-collaboration avec Pierre Dumayet, sa belle œuvre co-créée avec Georges Perec sur Ellis Island. Au cœur de ses productions, littéraires et cinématographiques, il y a la « relation » avec les autres, et le désir « d’apprendre pour pouvoir comprendre ».

Aragon et Qohelet

Lauréat dans la section lettre, Henri Raczymow était présenté par Alexis Nouss, professeur d’anthropologie culturelle à l’Université de Cardiff. Une présentation chaleureuse et sensible avec entre autres, cette phrase « l’impossibilité est la condition de l’écrivain », et une rencontre avec Fernando Pessoa, frère improbable de Raczymow, mais nourris tous deux au même lait de « l’intranquilité ». Et ce dernier, de reconnaître dans son remerciement : « être un grand écrivain juif, c’est compliqué… ». Preuve : les deux textes qu’il fit lire : l’un de Kafka, l’autre de Proust.

Enfin, il revenait à Gérard Rabinovitch, d’introduire le Prix au titre des sciences : le chercheur, spécialiste de renommée mondiale de l’histoire et de l’archéologie du Proche-Orient, discipline dont il détient la chaire à la fameuse 4ème section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, André Lemaire. Parmi les multiples activités du lauréat, celle-ci qui retint l’attention du public : des cours aux professeurs de collège et lycée sur le fait hébreu et l’histoire juive antique. Remerciant le jury, avec la simplicité du vrai savant, le lauréat a tenu à rappeler que « les historiens ne racontent pas d’histoires… », mais recueillent des faits à partir d’indices parfois ténues, comme cette inscription sur une stèle babylonienne portant, à peine lisible, « Beit Israël » que André Lemaire fut le premier à « lire ». Quant à ses choix de texte, ce fut d’abord le poème d’Aragon mis en musique par Jean Ferrat :  « Je ne chante pas pour passer le temps », et puis, un extrait de Qohelet – l’Ecclésiaste –, s’achevant par « un temps pour la guerre, un temps pour la paix ».     
En conclusion, Nelly Hansson a tenu à remercier tous les « acteurs et artisans» de cette belle soirée inaugurale, scénographiée par Hervé Roten, directeur-adjoint de la Fondation, avant qu’elle ne donne rendez-vous à l’année prochaine, « avec d’autres surprises »…

 
 
 
Fondation du Judaïsme Français - 72 rue de Bellechasse - 75007 Paris - Tel : 01 53 59 47 47 - contact@fondationjudaisme.org