Il y avait du monde le 10 octobre dernier, au Musée d’art de d’histoire du judaïsme. Beaucoup de monde. Motif : la remise du prix de la Fondation Julien et Stella Rozan à Claude Beau, vice-présidente du Tribunal de grande instance de Paris, pour son action à la tête de l’association « Mission possible » qu’elle a créée.
Cette action consiste à accueillir le plus tôt possible des enfants présentant des risques de décrochage scolaire, social ou familial. Elle se propose d’agir avec l’enfant, ses parents et son environnement pour lui redonner confiance et les moyens de réussir. L’association souhaite aussi développer ses aptitudes à participer à la vie collective.Comme l’a rappelé Corinne Ghozlan, au nom de la Fondation J. et S. Rozan, ce prix est destiné à « encourager la création féminine et à contribuer à la promotion des femmes de la communauté juive ». Après avoir récompensé des artistes, le jury du prix de la Coopération féminine, à l’initiative de Stella Rozan elle-même, a souhaité distinguer des femmes engagées dans la Cité au travers d’actions de solidarité.
Et avec Claude Beau, on ne pouvait trouver lauréate plus idéale, comme l’ont indiqué tour à tour, Marguerite Zauberman, magistrate elle-même, et Evelyne Berdugo, présidente de la Coopération féminine. Oeuvrant depuis ses premiers postes, en particulier en Alsace, au « rapprochement de la justice avec les citoyens », Claude Beau est l’une des créatrices dans notre pays de la « justice de proximité », le concept et les instruments, comme les « maisons de justice », la réparation aux victimes ou la médiation judiciaire. « Ce qu’on demande à la justice, c’est de châtier bien, certes, mais aussi d’aimer bien », résume cette native d’Essaouira (ex-Mogador »), élevée dans une tradition juive aussi vivante qu’ouverte au monde. Ces données biographiques expliquent sans doute que, juge pour enfant, Claude Beau ait été particulièrement sensible au délitement moral et civique du tissu social des banlieues concentrant immigration ancienne et récente, misère, violence, mais aussi solidarités parfois inattendues. Remettre du droit et de la norme dans ces territoires proprement « hors la loi », le faire en s’adressant en priorité aux jeunes et aux familles, en rappelant toujours que le droit « protège et prévient » : quel plus beau défi ! Quelle plus belle action de terrain ! En écoutant la lauréate, on songe irrésistiblement à un autre éminent juriste, René Cassin, auteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, annexée à la Charte des Nations unies. Qu’aurait-il fait s’il avait été femme, originaire d’Afrique du nord, vivant dans la société française éclatée du début du 21ème siècle ? « Mission possible » ou, comme le dit la Bible : « La justice, la justice, tu rechercheras » (Deutéronome 16, 19) !
Rappelons que le prix de la Coopération féminine est attribué par la Fondation Julien et Stella Rozan, sous l’égide de la Fondation du judaïsme français.
Raphaël Elmaleh